Gilles BLB

Photographies et modestes carnets de voyages

Eté 2026 – L’arrivée, la Suisse normande, Clécy : jour #1

L’été est douloureusement caniculaire ; commencé en juin il alterne, telles que les météorologues les nomment, des périodes estivales (comprendre des journées bien chaudes et fort ensoleillées), et des périodes caniculaires, (journées brûlantes ou la moindre activité nous fera payer un lourd tribu en termes d’efforts et de récupération ; et tant qu’on parle de récupération, ne pas compter sur les nuits, tropicales, toujours selon l’appellation des gens de météo, mais que je qualifierais de suante, épuisante, entrecoupées de réveils assoiffés et de combats nocturnes contre les moustiques).

C’est ce que nous pensions quitter en allant vers le nord, mais je t’en fous. La Suisse normande ressemble au sud de la France, ou cette année à n’importe quel coin de l’hexagone, avec ses champs cramés par le cagnard, ses horizons bouleversés par des fata morgana rurales qui font voler les meules à la surface du sol, et ses arbres, certes encore vert, mais étouffés de chaleur, immobiles malgré quelques brises, solidaires et compatissant à distance avec leurs congénères girondins.

Le site des Rochers d’Oëtre : nous avions déterminé ce point à quelques modestes heures d’une route peu fréquentée sinon par des véhicules remontant, qui vers la Perfide Albion, qui vers les Pays-bas, afin de faire une pause avant d’arriver à notre étape du jour. Il s’agit d’un promontoire d’une centaine de mètres de haut, qui offre à plusieurs endroits une vue à 180° sur la campagne du Calvados. Aux pieds de ces gentilles falaises, on aperçoit, entre deux trous de verdure (coucou Arthur), couler la Rouvre, humble ruisseau qui finira sa course tortueuse quelques kilomètres plus loin dans l’Orne.

Nous avions conçu le projet de randonner pour une poignée de kilomètres, mais la chaleur étouffante, complice d’une fatigue liée au voyage, nous a faire reculer. C’est surtout le dernier kilomètre, celui du retour, souvent celui de trop, celui qu’on ressent au carré, celui qui nous fait tirer a langue comme un cheval de trait, ce dernier kilomètre qui nous conduisait au van, ce dernier kilomètre ne nous disait rien de bon, avec sa longue portion bitumée dépourvue d’ombre. Alors, comme un cheval qui refuse l’obstacle, nous sommes rentrés à l’écurie, c’est à dire au van, et nous avons pris la route de Clécy, notre étape pour deux nuits.

Après quelques emplettes de secours, une visite rafraîchissante dans l’église Saint-Pierre (XVè siècle) et un granité tropical/cola (je découvrais : c’est exceptionnellement froid -à en avoir mal au crâne-, sucré et chimique, mais j’ai adoré), nous nous sommes posés au camping. Du monde, du bruit, mais nous étions loin de chez nous et c’était bien l’essentiel ; non que nous ne sommes pas bien chez nous mais le besoin de voir d’autres décors, d’autres reliefs, se faisait ressentir. Une balade sur l’autre rive de l’Orne, rivière en manque d’eau dans laquelle barboter est préfectoralement prohibé, la faute à une bactérie, afin de choisir et réserver le restau de demain soir, et les vacances pouvaient commencer.

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