Départ matinal ce mercredi 12 dont l’histoire retiendra qu’en fin de journée des millions de personnes auront eu les yeux braqués vers le soleil qui s’est vu grignoté lentement par la lune.
Bravant les prévisions météo qui pour une énième fois promettaient des températures caniculaires, notamment dans le Centre Val de Loire, et plus précisément vers Blois, bref là où nous étions convenu de nous rendre pour quelques jours, nous avons quitté M2 qui, émergeant d’une nuit courte et déjà gâtée par la chaleur nocturne, nous a souhaité une belle fin de semaine et de belles visites.
C’était amusant, quelque quatre années après, de reprendre ce chemin vers Saumur, qui pendant deux ans, était celui que nous empruntions pour aller chez M1, que nous retrouverons dans quelques jours. Mais pour l’heure, c’est le château de Fougères sur Bièvres qui nous attendait.

Modeste dans sa superficie et dont la construction remonte à la moitié du XVè siècle, ce château a vécu plusieurs vies selon les époques, la plus marquante (cela n’engage que moi) étant celle de la Seconde Guerre mondiale. Car c’est dans ce château qu’ont été stockées (à partir de 39, dans cette période qu’on a coutume d’appeler la « Drôle de guerre »), mises en sécurité et soustraites aux convoitises nazies, des œuvres d’art habituellement exposées au Louvre ou au musée Rodin. Deux raisons à ce choix de Fougères : c’est un château de centre-ville et les bombardements allemands évitaient d’y lâcher leurs bombes ; en cas d’incendie (une bombe finalement lâchée), le château étant construit aux pieds d’une rivière (il a été autrefois une filature et on y lavait la laine), on pouvait vite éteindre le sinistre.


Après la visite du château, nous avons retrouvé la chaleur étouffante de ce milieu d’après-midi d’août et nous nous sommes dirigés vers les jardins. Une fois assis sous une tonnelle à nous faire baver d’envie (six mètres de haut, recouvrant un pommier et entouré de rosiers), nous avons été vite rejoints par Jean-Louis, jardinier du domaine, qui est resté avec nous de longues minutes ; passionné par son métier, il nous a emmené voir le mini pont-canal et un aulne à sept troncs, nous a parlé des orties qui bordent le canal qui irrigue le château et qu’il devra éliminer à son grand dam l’an prochain parce qu’elles « font négligées ». Une rencontre sympa. Pas certain que tout le monde ait cette chance.


Arrivés au camping, une évidence : les arbres masqueront l’éclipse à son climax. Alors vite, trouver un spot à l’écart, si possible sur les hauteurs, isolé où l’on puisse garer le van et ne pas être dérangé.
Vers 19h15, alors que la lune commençait de manger le soleil, nous nous sommes posés rue de Patouilleau, une vicinale rectiligne et désormais mythique, petite langue de bitume inégal entre les maïs coupés, seuls au monde, à quelques encablures de Chisseaux.
Un verre de Coteaux du Layon à la main, assis à l’arrière du van, lunettes dédiées sur le nez, nous avons attendu que la lumière chute et qu’elle nous offre le spectacle exceptionnel, unique et incomparable d’un coucher qui n’en n’est pas un. Les souvenirs de 1999 sont revenus ; l’éclipse était totale mais celle du jour valait le déplacement. Malheureusement, il est impossible de saisir cette lumière avec un quelconque support ; ou non finalement, tant ce qui est unique mérite de rester dans nos mémoires et non dans celle de nos smartphones. Le spectacle terminé, nous sommes redescendus parmi les mortels avec une drôle de nostalgie dans les poches. Un train passe, je vais me coucher.
