Tel un bout du monde, là où les falaises s’estompent, baissent la garde devant les marées et laissent le champ libre aux immensités sablonneuses des plages de la Côte Picarde, la Baie de Somme constituait le point final de notre road trip estival. Direction Saint-Valéry-sur-Somme, puis la Pointe du Hourdel et enfin Cayeux. Départ dans la matinée du camp de base, le désormais mythique parc de l’hôtel Royal Albion, non sans passer par la réception pour bloquer l’emplacement 46 pour une nouvelle et dernière nuit ; appuyer d’un geste ferme sur la sonnette pour avertir de notre présence, se croire un instant important, cinématographique, britannique ; entendre la cloche résonner dans le lobby, admirer -dans l’attente du réceptionniste- le velours grenat des fauteuils rococo, la beauté des moulures boisées usées par des centaines de mains internationales et partir contents quand notre petit espace avec micro-vue sur la Manche est bloqué pour la nuit prochaine.
Saint-Valéry avait valeur de pèlerinage, nous y étions allés, F. et moi, au début du siècle, sans doute logés dans un hôtel sur les bords de la Somme avant que celle-ci ne se jette dans la baie. Je n’ai gardé qu’un vague souvenir de notre hébergement, mais chose étrange, j’ai retrouvé sans mal le parking où nous nous étions garé ; névrose assumée des conducteurs, a fortiori en période de vacances, la recherche d’une place pour parquer son véhicule s’imprime parfois plus nettement dans notre mémoire que les dimensions de la chambre d’hôtel ou que la couleur de la faïence de la salle de bain.
Reste que je me souvenais de la ville, de sa partie touristique qui s’étire le long de la Somme, comme de celle, sommitale et médiévale, stratégiquement positionnée sur un éperon rocheux tourné face à la mer et à la ville du Crotoy. Entre les deux, des marais et des moutons par dizaines qui lors de notre passage sont venus s’abreuver en file indienne, profitant de la marée basse, certains cavalant vers la flotte, d’autres enlisant leurs pattes dans la vase, puis repartant vers les espaces protégés de ce polder géant qu’est la Baie de Somme, noyée ce jour dans une brume de chaleur orageuse qui finira par disparaître.


Nous avons laissé la foule, dense là encore, poireauter en file indienne (eux aussi, c’est troublant de mimétisme) devant les restaurants parce qu’il faut impérativement déjeuner à midi, pour arpenter promenades et ruelles dans la vieille ville. Puis le coup de feu passé, nous nous sommes installés dans une brasserie qui proposait des plats simples et des tables à l’intérieur ; rien à voir avec un éventuel besoin de climatisation, c’est davantage le sans-gêne des fumeurs qui en terrasse clopent librement entre deux plats qui nous a fait nous replier en salle. De plus, la musique était parfaite ; ça parlait de fièvre, de samedi soir, avec des voix suraiguës (c’est bon, tu l’as ?) ; un chouette moment de calme et de repos ; de vacances en Somme.




Qu’y a t-il à faire à la Pointe du Hourdel sinon se poser sur la longue digue de galets, observer les flots (idéalement à marée haute ou montante), à la recherche d’une petite tête noire qui émerge de l’eau, parfois timidement à fleur de houle avant de replonger dans les eaux vertes de côte picarde, d’autres fois avec plus d’assurance, affichant une gueule un brin arrogante, puis espérer secrètement avoir la primeur de la première visite, puis rapidement pointer du doigt un premier phoque, puis un deuxième, le bras tendu en signe de victoire, petite satisfaction personnelle.

Nous y sommes restés de longues minutes, dans la brise et les embruns salés ; les phoques jouaient à cache-cache avec les touristes, ou s’en foutaient royalement, cherchant surtout de quoi se mettre sous la dent. Les flots tapaient sur la grève au ralenti. Le soleil réapparaissant et la fatigue sonnant à notre porte, nous nous sommes rapatriés vers le van pour reprendre la route vers le Royal Albion, en passant (mais sans nous arrêter : nous avions le même décor, version modèle réduit, à Criel) devant la plage de Cayeux, ses cabines, ses manèges et ses restaurants. Là encore, nous nous sommes souvenus de notre venue au début du siècle et des moules microscopiques que nous avions avalées lors de notre première escapade en Baie de Somme.

Cette photo a été prise par M. bien plus prompt à déclencher que mézigue 🙂

Idem. Admirez cette petite gueule. Dans les jumelles, le face à face était exceptionnel.
Demain, départ vers nos terres pour recharger les piles, et rendez-vous dans les prochains jours pour de nouvelles aventures 🙂
