Gilles BLB

Photographies et modestes carnets de voyages

Eté 2026 – Valleuses et côtes anglaises : jour #6

Lorsque j’ai commencé de farfouiller le web à la recherche de lieux à visiter sur la cote d’albâtre, quelques noms sont revenus avec régularité parmi lesquels la Valleuse de Vasterival et Criel sur mer. Le premier nous a accueilli dans la matinée, à la marée basse, condition sine qua non pour apprécier la majesté du lieu. Valleuse de Vasterival, le nom est une promesse, il rebondit d’allitérations et semble ancré dans un 19è siècle proustien. Mais d’abord, qu’est-ce qu’une valleuse ? Propre au Pays de Caux, ce terme désigne une petite vallée où le recul rapide de la falaise a devancé l’érosion naturelle due au ruissellement du ruisseau. Résultat des courses, le ruisseau, aujourd’hui disparu, semble se jeter de haut dans la mer. On accède à celle de Vasterival par un court chemin sous les arbres, puis sur la plage via un escalier bâti de la main de l’homme (85 marches selon mon décompte, 98 selon le décompte de M. dont les exploits mathématiques passés imposent une certaine circonspection…)

Une fois sur la plage, fort des précautions requises pour ce genre d’expédition, à savoir ne pas rester sous la falaise de peur de se prendre un éboulement sur le ciboulot, on contemple et on se sent petit, tout petit. Une courte marche entre les ridules de sables, les rochers aux formes généreuses et les traces de bestioles ensablées et remontées un instant à la surface, avec un œil sur la marée, encore basse mais sait-on jamais, et l’autre qui pointe vers Dieppe qui semble si proche.

Sans surprise, il y a autant de marches au retour qu’à l’aller, sauf que dans ce sens, elles semblent plus nombreuses encore que le comptage qu’en a fait mon petit et nos cuissots et fessiers n’attendent que d’être posés dans le van, quelques mètres encore plus haut. Ceci fait, nous prenons la douloureuse décision d’aller faire des courses ; apnée nécessaire dans les rayons du supermarché.

C’est la chaleur, plus que la marche qui nous fatigue. On dit que le corps s’habitue ; alors ou on nous a menti, ou nos corps sont différents de ceux des autres bipèdes. Cet été est particulier, depuis juin on encaisse (c’est un on général, un on qui dit nous tous) des épisodes de canicules qui abîment, contrecarrent et empêchent ; et le corps se souvient : il semble avoir plus de mémoire que le cerveau, lequel est gentiment à la traîne, comme un bon gros bêta à qui il faudrait rappeler qu’une randonnée difficile le sera encore plus, qu’une accumulation de kilomètres fera monter le prix de l’addition et que la vie en van, si elle est souvent exceptionnelle, demande plus d’efforts qu’une location AirBnB. C’est pourquoi la rando prévue au-dessus de Criel sur mer, s’est soldée par un arrêt picnic proche de la plage, ou l’une a siesté quand les autres sont aller faire quelques brasses.

Il fallait faire une étape, j’avais trouvé un camping dans la pampa, retiré du brouhaha des bords de mer, à mi-chemin entre Criel et la Baie de Somme. C’était sans compter sur une impro de dernière minute ! Et si nous tentions le coup au parc de l’Hotel Royal Albion ? Ce terrain de camping n’est pas indiqué, contrairement à l’hôtel 4 étoiles dont les panneaux fleurissent sur le bord de la route, mais c’est sans compter sur mon insatiable curiosité et mon impressionnante aptitude à maîtriser les applis (fin du moment egotrip, merci de votre bienveillance). Les avis sont très favorables, vantent des vues sur mer ; on y va, on tente, la chance sourit aux audacieux !

Curieuse sensation que de pénétrer dans le hall de cet hôtel bourgeois, où l’entrée sent l’encaustique, où la déco est figée dans un temps que les moins de (trois fois) vingt ans ne peuvent pas connaître, où l’on appelle le personnel à l’aide d’une clochette, où les tarifs sont indiqués sur un tableau à lettres mobiles, blanches sur fond noir, certaines de guingois. Le jeune homme derrière son comptoir, après un couple de néerlandais, nous reçoit avec un grand sourire, nous explique qu’il y a de la place, qu’il adore les road trips en van, que le nôtre est génial, que le camping dans le parc est parfait pour les personnes comme nous, que je ne vais pas vous faire payer l’électricité, que ah bon vous êtes trois, et bien écoutez comme c’est votre première visite, il sera mon invité, prenez l’emplacement 46 et si vous voulez le renouveler il suffit de passer me voir demain matin et vous pourrez faire de même jusqu’à mi-septembre. Evidemment, nous avons immédiatement décidé d’y passer les deux prochaines nuits. De l’emplacement, on voit la mer, au bout du camping, on distingue les cotes anglaises. Et les douches, sous l’hôtel, tellement old school qu’on se croirait, comme le disait F., dans un épisode de Downtown abbey (côté employés de maison cependant).

Quant au soir, il était évident qu’il fallait célébrer cet endroit en allant dîner dans le restaurant de la plage, où une jeune serveuse nous avait réservé une table avec vue sur mer. Quelques burgers, moules marinières, glaces et profiterolles plus tard, nous pouvions attendre le plus beau coucher de soleil que j’ai vu depuis des lustres. Demain, la Baie de Somme, Saint-Valéry et les phoques de la Pointe du Hourdel.



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