Encore une promenade que j’attendais impatiemment. Partis à une heure matinale mais décente, nous avons posé le van dans le charmant village de Bénouville, non loin de Fécamp ; il était hors de question, en ce premier samedi d’août, week-end de transhumance des plus détestables, de tenter de s’approcher d’Etretat et de ses parkings hors de prix.
Bénouville est un village idéal en tant qu’il dispose de quelques parkings gratuits, déserts dès lors qu’on y vient tôt, qu’il nous offre un accès vers le GR21, celui-là même qui longe les falaises sur toute la cote, lequel accès nous fait dévaler la valleuse du curé, chemin cahoteux qui déboule sur la mer, coincé entre deux murs de craie, les fameuses falaises. Une fois en bas, on lève la tête, on respire un bon coup puis on avale les 78 marches qui nous hissent au sommet. La suite est un spectacle en technicolor, un 180° océanique et céruléen, venteux juste ce qu’il faut pour sécher les fronts en sueur, un chemin plat qui longe le bords du précipice, flirte avec le vide et s’offre jusqu’à la falaise d’amont qui surplombe Etretat. Au passage, on s’arrête, émerveillé, devant l’aiguille de Belval, qu’on regarde de haut alors qu’il conviendrait de faire profil bas devant cette beauté minérale.


La foule se densifie dès lors qu’on approche d’Etretat ; les randonneurs (chaussures, bâtons, gourdes) côtoient les touristes (talons, chienchien, smartphones) venus contempler l’infiniment grand du ciel, des roches et de la mer et instagramer leur présence aux abords du vide, ce territoire qu’ils connaissent pourtant mieux que quiconque. En lisière du gouffre, on se pose quelques minutes pour siphonner le reste de nos gourdes et admirer ce paysage unique.

L’aiguille creuse, par un écho littéraire, me renvoie inévitablement à Maurice Leblanc et à son gentleman cambrioleur ; j’essaye en vain de m’ôter de l’esprit la préciosité de Georges Descrières, insupportable cabotin et pense au roman, lu au siècle précédent. A-t-il bien vieilli ? J’y jetterai un oeil à la rentrée.
Et au-delà de Leblanc, il me revient toutes les évocations, plus ou moins directes, à la littérature, depuis que nous sommes dans la région normande. Combray, tout d’abord, en quittant Clécy. Certes pas le Combray inventé par Proust mais un Combray tout de même et qui m’évoque mes plus beaux souvenirs de lecteur. Puis, Valmont, près de Fécamp, qui n’a sans aucun doute aucun rapport, si ce n’est le patronyme, avec Laclos et ses Liaisons dangereuses. Rouen, partout sur les panneaux, ville de Maupassant, et tous ces villages dont le nom se terminent par le suffixe ville et qu’on rencontre dans ses contes et ses nouvelles. Enfin, Yvetot, au centre de l’enfance et de l’adolescence de Annie Ernaux dont les pages m’accompagnent ces jours-ci, anonymisée dans ses écrits par sa seule initiale Y.
Demain, nous allons aux Petites dalles, juste pour visiter ; ce nom de village est ancré dans ma mémoire, pour autant il m’est impossible de me souvenir dans quelle oeuvre je l’ai lue -j’ai la vague intuition qu’il s’agit d’un roman français de la fin du XXè siècle. A demain, donc.
